jeudi 30 août 2007

L'inventeur de la mélinite

Dès 1871, les recherches pour remplacer la poudre noire utilisée pour le chargement des obus se multiplient mais un compromis entre la puissance et la stabilité semble difficile à trouver, il faudra attendre 1885 pour qu'un industriel français trouve une solution.

En 1885, Eugène Turpin, qui a un atelier de fabrique de jouets en cautchouc à Colombes, découvre un nouvel explosif : la mélinite. Comme souvent à l'époque, cette trouvaille s'effectue de façon fortuite. Il s'agit en fait de l'acide picrique que l'on apellera mélinite en raison de sa couleur proche du miel. Cette autre dénomination avait également comme but de dissimuler la vrai nature chimique du produit.

Eugène Turpin a déjà mis ses compétences au service du Ministère de la Guerre en travaillant à la réalisation de cartes topographiques en caoutchouc. Sa formation de chimiste lui permet de se lancer dans l'étude de la fabrication de ce nouvel explosif, après bien des tâtonnements.

Cette découverte est révolutionnaire, avec d'autres nouveautés, cela va remettre complétement en question le système de défense qui vient à peine de sortir de terre. L'armée fera même des essais en grandeur nature sur un fort Séré de Rivières, en 1886, à la Malmaison (Aisne) en installant à distance un canon de 155 mm et un autre de 220. Pendant plusieurs jours, 171 obus seront tirés sur le fort. Le résultat est sans appel, les voûtes sont percées, les maçonneries détruites, les massifs de terre bouleversés, on en déduira qu'une épaisseur de 10 m de terre serait nécessaire à leur protection. Confirmation est apporté qu'il faut repenser les fortifications.

Afin de faire reconnaître ses droits Turpin tente de déposer un brevet. Mais l'état lui refusera tel qu'il le revendiquait, considérant que des travaux antérieurs avaient déjà mis en évidence les propriétés explosives de l'acide picrique, mais lui reconnaissant toutefois des droits sur la méthode de chargement utilisée.

Turpin reçut 251.000 Francs pour son invention, mais dût renoncer à toute réclamation au sujet de l'emploi fait de l'acide picrique par l'Administration de la Guerre.

Eugène Turpin, fut même incarcéré durant un an à la prison d’Etampes (1892/ 29 avril1893) après avoir été accusé de trahison. Il fut finalement réhabilité, et même encouragé à poursuivre ses recherches.

Ci-dessous Eugène Turpin l'inventeur de la mélinite.

vendredi 3 août 2007

Turpin sort de prison

Dans le supplément illustré n° 127 du Petit Journal qui est paru le samedi 29 avril 1893, figure en couverture cette gravure d'Eugène Turpin sortant de prison.
PREMIERE HEURE DE LIBERTE
M. Turpin sortant de la prison d'Etampes.

Turpin dans sa prison

Cette gravure a été publié en dernière page du " Petit Journal " le samedi 21 janvier 1893, dans le numéro 113.
RECOMPENSE NATIONALE
M. Eugène Turpin, inventeur de la " Mélinite ", dans sa prison.

vendredi 6 avril 2007

Eugène Turpin le 18 juin 1894



Déniché sur internet cet exemplaire du Petit Journal daté du 18 juin 1894, avec en couverture la photo d'Eugène Turpin ... le même prénom qu'un certain Pagnerre et une ressemblance avec un certain acteur !
Il y a des dates historiques, ce 18 juin ....

jeudi 5 avril 2007

Le fort de Malmaison et les expériences de Chavignon

Le fort de Malmaison bâti en 1878 fait parti du système de défense du général Séré de Rivières. Il connaîtra un sort particulier en servant de test pour le nouvel explosif découvert par Eugène Turpin.

Ce fort dit de seconde ligne, doit d’une part protéger la place forte de Laon avec ses voisins de Condé-sur-Aisne et Lasnicourt, mais aussi interdire l’accès à la vallée de l’Ailette et à Soissons, et par conséquent la marche sur Paris de possibles envahisseurs germaniques.

Détruit avant d’avoir joué son rôle de défense !

Les forces françaises disposent donc d’un nouveau type d’obus, bien plus performant que les précédents. Il en est de même pour les allemands dont les chimistes ont mis au point dès 1881, un nouvel obus utilisant un mélange brisant connus sous le nom d’helhoffite. Il était donc essentiel de pouvoir tester le pouvoir de destruction de ce nouveau types d’engins communément appelés "obus-torpilles" sur les ouvrages de défense de type Séré de Rivières.

Le choix se porta sur le fort de la Malmaison, situé sur la commune de Chavignon (les rapports de tirs de l’époque mentionnent le terme Expériences de Chavignon).

Une première série de tests fut réalisée visant à étudier l’effet des impacts d’obus dans la courtine centrale de la caserne. Des pétards à la mélinite furent ensuite placés sur le flanc ouest du fort. Enfin, entre le 11 aout et le 25 octobre 1886 deux batteries (155 et 210 mm) placées au sud du chemin des dames pillonèrent le fort. En un peu plus d’un mois, environ 170 obus furent tirés sur la place forte. Les résultats furent sans appel ; les obus de 155mm transperçaient sans problème maçonnerie de 0,8m surmontée de 2 mètres de terre. Quant aux dégâts occasionnés par les obus de 210mm, ils étaient considérables, comme comme en témoigne la poudrière souterraine éventrée par un coup au but ...Les superstructures mêmes du fort étaient mises à mal ! Les expériences de Chavignon furent poursuivies jusqu’au printemps 1887 au polygone de tir de Bourges.

Le système de défense français était devenu obsolète avant d’avoir été utilisé.

En replaçant les conclusions de ces essais destructeur dans un contexte tendu de fin du XIXème siècle, et à la lumière du fait que les allemands, en plus de l’helhoffite et du coton-poudre, utilisaient la mélinite

Le fort de la Malmaison ne fut bien entendu pas restauré, au contraire, il fut à nouveau le cobaye des militaires en 1894, avant d’être déclassé et mis en vente en 1912.

Ainsi, le fort de la Malmaison, sacrifié avant même qu’il ait pu jouer son rôle de défense aura au moins permis de mettre au jour l’obsolescence du système défensif français au travers de ce qui a été appelé la crise de l’obus-torpille.

mardi 3 avril 2007

Face au drapeau

En octobre 1896, Eugène Turpin se sentit diffamé dans le roman de Jules Verne Face au drapeau et porta plainte contre celui-ci. Jules Verne fut défendu par Raymond Poincaré et fut relaxé en première (mars 1897) et en seconde instance (décembre 1897).